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Historique du MO Bejaia

Le sport et le nationalisme :

L’on ne peut dissocier l’avènement des ‘’vert et noir’’ du contexte politique de l’époque, c’est-à-dire les années cinquante, éminemment marqué par un mouvement nationaliste, prélude à l’insurrection armée de novembre 1954.En ces temps des années de braises ou le peuple algérien était réduit à l’état de quasi-servitude et ou toute forme d’organisations associatives lui était interdite car elle pouvait devenir un danger pour l’ordre colonial en servant de creusets pour l’éveil des consciences, le sport en général et le football en particulier étaient les rares canaux ou la conscience nationale pouvait s’exprimer. En effet à l’exception du FCB (Football Club Bougiote) qui était presque exclusivement formé de français, les autres clubs composés d’autochtones étaient des alibis en ce sens qu’ils constituaient aussi des cercles de sensibilisation politique, d’éveil des consciences et de mobilisation patriotique. Ces clubs étaient la JSMB (Jeunesse Sportive Musulmane Bougiote) créée en 1936. Le CSB (Club Sportif Bougiote) crée en 1946 et l’USB (Union Sportive Bougiote) née en 1947.

L’ambiance footballistique d’avant 1954 :

Le football se pratiquait à Bgayet depuis 1924 au temps ou l’antique Saldea, l’ancienne capitale des Hammadites, s’appelait encore Bougie.En effet, la scène footballistique fut animée par plusieurs clubs depuis que Mr Pinalli créa, en 1924, le premier club formé exclusivement de français, dénommé ‘’ LA GENERALE’’. Deux années plus tard, soit en 1926, on assista à la naissance d’un deuxième club, à savoir le Football Club Bougiote (FCB) à l’initiative de Mr Delsol. Le FCB était composé essentiellement de français.La nouvelle ambiance sportive ainsi née n’a pas laissé indifférents les autochtones, puisqu’en 1928, Abdelhamid Babab Aissa créa le premier club destiné aux algériens : ‘’ El RACHIDIA’’ imité peu après, en 1930, par Sadek Zerrari et Mohamed Khamsi en donnant naissance à ‘’ L’ESPERANCE’’.Pour tenir la dragée haute aux clubs des colons, ces deux teams algériens vont fusionner en 1936 pour donner naissance à la JSMB (Jeunesse Sportive Musulmane Bougiote) sous la présidence de Maitre Boudjelil Bouchenak. C’était à l’époque de la montée du mouvement national, l’ère ou les associations sportives- toutes disciplines confondues- n’étaient dans l’esprit de leurs fondateurs qu’un moyen pour rassembler, sensibiliser, former et mobiliser les algériens pour la cause nationale. Le sport était considéré alors comme moyen de lutte pour orienter et aider les jeunes à préserver leur identité culturelle et civilisationnelle menacée dans son intégrité.C’est ce même état d’esprit qui a animé les initiateurs du Club Sportif Bougiote (CSB) par un comité élu en assemblée générale le 04 septembre 1946 présidé par Abdelmadjid Bouyahia succédé l’année d’après par Abdelhafid Tamzali. Le siège social du club était au 13, rue Laure Bougie.En 1947, c’est au tour des militants du PPA/MTLD de fonder un autre club de football, l’USB (l’Union Sportive Bougiote), qui servira de couverture à leurs réunions politiques. Son premier comité a été presidé par Mr Said Aouchiche.Le FCB, la JSMB, l’USB et le CSB animaient la scène sportive Bougiote jusqu’aux débuts des années 50. Puis le FCB disparaitra lorsque le glas annonçant la fin de la colonisation commença à sonner, tandis que l’USB et le CSB fusionnèrent pour donner naissance au MOB (Mouloudia Olympique Bougiote). L’OSB (Olympique Sportif Bougiote), l’ASB (l’Avenir Sportif Bougiote), l’ESB (Esperance Sportive Bougiote) et le WAB (Widad Athlétique Bougiote) seront les nouveaux nés à l’indépendance, mais leurs durées furent éphémères.Le règne sans partage du MOB et de la JSMB sur la scène sportive Bougiote et de la région de la basse Kabylie allait commencer et devenir hégémonique jus qu’à nos jours.

Comite du CSB :

Président : Bouyahia Abdelmadjid suivi de Tamzali AbdelhafidVice-présidents : René Graillat, Boualem Ladjouze, Mokhtar TerkiSecrétaire General : Mustapha TalantikitTrésorier General : M’Hamed KaptaneAssesseurs : Ahmed Abdelouaha, Henry Levy, Salah Zaouche, Mabrouk Abbou, Mahmoud Slimani, Ahmed Chabane, Salah Sadaoui, Allaoua Keramane, Rachid Guamouni, Youcef Kebache, Djelloul Boutaleb, Abderahmane Ghoul, Sadek Toudji et Hamidou Zaouche.

Comité de l’USB :

Président : Aouchiche SaidVice-présidents : Salah Ouatati, Jean Igougne, Ahmed HakmiSecrétaire General : Loucif YousfiSecrétaire général Adjoint : Boualem HamdaouiTrésorier general : Salah HadahoumTrésorier general adjoint : Larbi ManseurAssesseurs : Abdelkader Ayane, Said Guenana, Allaoua Kasri, Mohamed Mebarki, Bachir Mebarki, Kandi Imloul, L’Hachemi Hadjara, Mohamed Benzaid, Boualem Boudrahem, Mohamed Nacer et Mustapha Kebache.

La fête dans les stades :

Les joutes d’autrefois se déroulaient au stade municipal rebaptisé à l’indépendance ‘’Stade Salah Benallouache’’ du nom d’un membre fondateur du MOB tombé au champ d’honneur. L’arène était dotée d’une pelouse en gazon naturel que lui enviaient toutes les villes du pays. Seul le stade Chabou de Annaba possédait à l’époque un pareil tapis. L’ambiance lors des jours de match était presque pastorale. On allait au stade comme on allait à une fête pour se défouler entre amis, pères et fils, entre parents et alliés. Hélas ce n’est plus le cas de nos jours. La montée de la violence dans le sport roi est consécutive à la perte de plusieurs repères sociaux et au séisme qui a chamboulé l’échelle des valeurs humaines depuis plusieurs décennies et le football n’en échappent pas. Il en est ainsi entre le MOB et la JSMB, les deux principales locomotives du sport roi dans la wilaya de Bejaia, qui vivent des situations tendues et conflictuelles entachées d’un chauvinisme récurrent et aveugle. Ceci étant valable pour tous les clubs du pays. A ce propos, l’on doit rendre hommage à feu A/Malek Cherifi, sous préfet (chef de daira) de Bejaia qui, en 1965, excédé par cette guerre des tranchées entre frères ennemis, eut l’idée généreuse d’initier la fameuse fusion MOB/JSMB en créant le WRB (Widad Riadhi de Bejaia). Hélas le décès prématuré du sous préfet a vite fait d’avorter cette expérience. Cette opportunité de bâtir un grand club qui aurait pu rivaliser avec les meilleurs et même asseoir une certaine suprématie dans le contexte actuel fut belle. Les chemins du MOB et de la JSMB étant faits pour se croiser mais jamais pour se jumeler.

 

Naissance de l’USB et du CSB, Matrices du MOB

Né en 1946, le CSB a pour membres fondateurs messieurs Abdekhafid Tamzali, frère de Mokhtar qui créera l’USB, Abdelmadjid Bouyahia, Tedjiza Djelloul, El Hachemi Ladjouze, Fatah Saidi, Zaouche Kebbache, Fatah Mahindad, Mustapha Talantikit et Abdelhafid Keramane. Quand à l’USB, dont la création remonte à 1947, avec un statut enregistré sous le numéro 82591 et portant le cachet rond de la république française eut à sa tête en qualité de président actif Monsieur Said Aouchiche, assisté de plusieurs membres fondateurs tels que Allaoua Kasri, une figure emblématique dans l’histoire du club, Ahmed Ougana fusillé par les troupes coloniales en 1956, Salah Hadahoum, Mokhtar Tamzali, Omar Ladjouze, Boualem Boudrahem, Moussa Amrani. Dans son premier comité siégeaient autour du président Mrs Ouatati Salah, Jean Igougne Ahmed Hakmi en qualité de vice présidents, Messieurs Loucif Yousfi et Boualem Hamdani étaient respectivement secrétaire général et secrétaire adjoint, tandis que Salah Hadahoum assurait la fonction du trésorier général, secondé par monsieur Larbi Manseur. Les assesseurs étaient Mrs Abdelkader Ayane, Said Guenana, Allaoua Kasri, Kandi Imloul, L’Hachemi Hadjara, Mohamed Benzaid, Boualem Boudrahem,Mohamed Nacer,Mustapha Kebbache et Bachir Mebarki.

 

L’USB et le CSB font fusion, un club vient de naitre.

C’est ainsi qu’un certain 5 juillet 1954 vit la naissance d’un grand club populaire dénommé Mouloudia Olympique Bougiote (MOB) aux couleurs vert et noir. Le vert étant l’une des couleurs de l’emblème national (clandestin à l’époque) et le noir signe de deuil permanent suite aux massacres d’Amouche-Kherrata, Setif et Guelma (8mai 1945) selon certains témoignages. Premier ‘’ haut fait d’armes’’ du MOB durant le mois de septembre 1954, il infligea au puissant et orgueilleux FCB, les ‘’ Jaunes et Noirs’’ coloniaux, une cuisante défaite avec un score lourd et sans appel : 4buts à zéro. Le MOB, désormais était là, englobant également d’autres disciplines telles que la natation, le basket-ball, l’athlétisme et le cyclisme essentiellement. Mais, il ressort de certains témoignages que ce ne fut que le 12 aout 1955 que le sous-préfet de Bougie reconnut avoir été réglementairement informé de la création du MOB. Le MOB venait donc, de ce fait, d’être agrée conformément à la loi du 1er juillet 1901 relative aux contrats d’associations et au décret du 16 aout 1901 portant règlement d’administration publique pour la mise à exécution de la loi précitée. Mrs Mohamed Ouared ainsi que Salah Babouri furent respectivement trésorier général et trésorier général adjoint du comité directeur du club confie Mr Allaoua Kasri qui ajoute : ‘’ … avec les événements de 1956 après avoir joué une année de championnat…c’était la guerre de libération et nous nous étions retirés de toute compétition pour ne reprendre qu’en 1963/1964. Dure était la reprise surtout en début de saison d’autant que nous manquions de moyens. Mais très vite la machine fut remise sur rails grâce à la prise en charge du club par Mrs Loucif Yousfi, Salah Hadahoum, Mohamed Mebarki, Hocine Benhocine et moi-même, nous avions même dégagé un international junior, Mokhtar Bouzemboua, en l’occurrence.’’

Premier comité du MOB :

Abdelhafid Tamzali : président Khellil Baba-Aissa : président adjoint Athmane Bourouag : vice-président Ahmed Chaabane : 1er vice-président Loucif Yousfi : 2eme vice-président Mustapha Talantikit : secrétaire général Ahmed Ougana : secrétaire général adjoint Membres assesseurs : Mrs Hamoud Baba-Aissa, Mohamed Chikhi, Tahar Djebar, Ahmed Djelili, Ali Hadahoum, Omar Ladjouze, Hachemi Ladjouze, Allaoua Kasri, Ahmed Meziani, Fatah Mahindad, Redouane Redoune et Djelloul Tidjiza.

 

Pourquoi le Mouloudia …. ?

La première lecture que l’on est tenté de faire est celle qui ferait référence à la naissance du prophète (QSSSL) dont le 1384eme anniversaire coïncidait avec la naissance du club. Cela peut se défendre mais nous estimons qu’elle constitue un raccourci qui ferait abstraction de l’état d’esprit des algériens autochtones dont les velléités d’indépendance ne s’étaient jamais éteintes malgré les répressions sanglantes dont furent victimes les multiples insurrections dont la dernière en date avant 1954 fut celle de mai 1945. Ainsi beaucoup de clubs nés dans ces années de douleurs intégraient dans leurs dénominations une référence identitaire. L’islam étant l’élément primaire qui les différentiait des colons (chrétiens) et constituait le lut de l’unité nationale alors en pleine germination, on y incluait donc les termes ‘’musulmans’’ (JSMB, USM Alger, USM Annaba, USM Blida…) ou mouloudia (MCA, MCO, MOC, MSPB…). Sous le couvert d’associations sportives c’était une façon de s’affranchir moralement de la tutelle coloniale. Ce fut aussi le cas pour le MOB dont le choix de l’appellation n’était pas fortuit. Elle fut murement réfléchie par les membres fondateurs du club dont nombre d’entre eux tomberont sur le champ d’honneur pendant les sept années et demi de guerre. Ce néologisme ‘’Mouloudia’’, dérivé de Mawled (mouloud) qui signifie in stricto sensu ’’naissance’’, exprime aussi dans se lecture extenso sensu l’éveil d’une entité. La référence étant faite dans ce cas à celle de l’identité nationale. Cette approche de l’histoire répond aussi parfaitement aux pulsions subliminaires d’indépendance qui germaient alors chez nos ainés.

 

La famille sportive a payé son tribu de guerre, les martyrs du MOB.

A l’instar de plusieurs clubs nationaux nés pendant les années de braise et la tourmente annonciatrice de novembre 1954, le MOB a payé une lourde tribu pour la libération du pays. Morts les armes à la main ou sous d’atroces supplices et le fil de la guillotine ou le poteau d’exécution, beaucoup de ses enfants ont arrosé de leur sang cette terre d’Algérie pour que ses enfants puissent un jour vivre libres. Bejaia reconnaissante a baptisé de leurs noms plusieurs artères et rues de la ville et donne le nom de l’un au premier stade de la municipalité, ‘’Salah Benallaouche’’. Certains unis dans la vie par l’idéal ‘’ liberté’’ ont été réunis à la mort dans la même épitaphe ‘’ l’école des 13 martyrs’’, six d’entre eux étaient de jeunes Mobistes.

Liste des martyrs du MOB :

Salah Benallouache, Mohand Hafid, Belkacem Merabet, Abdelkader Manseur, Hamou Boulouiza, Rachid Hassissen, Abdelkader Djabali, Mokrane Boudjadi, Ahmed Ougana, Lhachemi Maouchi, Ali Gousmi, Rachid Hakmi, Boualem Kara, Abdelkacem Smaili, Boualem Ouzegdouh, Mokhtar Gherbi, Rabah Ouaret, Bouchemal, Ouabdelkader, Semmache, Kendira, Bennain Abdelouahab et les six jeunes mobistes sur la liste des 13martyrs.

 

 

Pourquoi les crabes ?

A l’origine de ce surnom, la guéguerre psychologique entre les mobistes et les jsmbistes qui avait atteint les cimes des contrepèteries au début des années 70. En ces temps, Bgayeth n’était pas aussi tentaculaire qu’elle l’est aujourd’hui, Ihaddaden, Sidi-Ahmed et Aamriw ect étaient encore à l’état vierge. Il n’y avait pratiquement que la haute ville, la plaine (lekhmis) et Houma Bizane hérité de l’époque ou Bejaia fut capitale des Hammadites (le roi Moulay Nacer Amelnass qui était un grand amateur de faucons y avait installé quartier une fauconnerie. L’altération du mot Bizane a donné bazine par un glissement lapsual des voyelles ‘’i’’ et ‘’a’’). A de rares exceptions, les supporters de la JSMB se recrutaient dans la haute ville et ceux du MOB dans les deux autres quartiers (Lekhmis et Houma Bazine). Une frontière virtuelle séparait les deux camps qui menaient une guerre des tranchées sous forme de boutades et sobriquets. Ainsi les mobistes traitaient ceux de la JSMB de fils de Baya( marraine de la haute ville en quelque sorte) et les jsmbistes leurs renvoyaient la balle en les traitant de fils de ‘’Matasse’’(Matasse est en fait le nom donné à une fabrique de liège située à Lekhmis jus qu’aux années soixante et ou travaillait la gente féminine, fait très rare à l’époque) puis voyant ce sobriquet de Matasse ne soulevaient pas de réactions chez les mobistes qui restaient de marbre, on les traita de ‘’crapauds’’ . L’allusion était faite à l’un des quartiers mobiste, en l’occurrence Ighzer Bou Imkarkar (le ruisseau des crapauds). Ce sobriquet n’étant pas du gout des mobistes, ils l’ont subtilement remodelé en y usant d’un lapsus qui donna ‘‘crabes’’, le sympathique crustacé à l’air insolent et dont les pinces broient ses proies avec une promptitude déconcertante. La parade était trouvée et les mobistes assument pleinement et fièrement ce surnom de crabes dont ils ont fait la mascotte du club. Ce qui ne dépareille pas pour un club d’une ville côtière et qui sied au tempérament des mobistes qui fulminent qu’on les titille sur les couleurs du club. Ils sombrent alors dans une rage verte comme un crabe enragé du nom d’une des 200 espèces que compte la famille de ce crustacé.

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